Aborder, plutôt que voler
Photographier des inconnus dans la rue, c'est passer un contrat silencieux avec quelqu'un qui n'a rien signé. La règle que je m'impose depuis le premier déclenchement.
Au début, je photographiais comme on cueille. À la dérobée, depuis l'autre trottoir, sans rien demander.
Les images étaient correctes. Aucune ne tenait la route.
J'ai compris assez tôt qu'un portrait volé est un portrait sans regard. Quand quelqu'un sait qu'il est photographié et qu'il consent — même d'un hochement de tête, même d'un sourire bref — quelque chose se passe dans l'image qu'aucun téléobjectif n'attrapera jamais.
Désormais : j'approche, je salue, je montre l'appareil, je demande. Si on me dit non, je passe. Si on me dit oui, on échange trois phrases — d'où ils viennent, pourquoi cette veste, à quoi ils pensaient. La photographie arrive après, ou pas.
Aborder, plutôt que voler. C'est la moitié du métier.